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mardi 27 juillet 2010


Article paru dans La Libre Belgique 27 juillet 2010

Steinberg révéla la Shoah belge

Christian Laporte
Maxime Steinberg est décédé des suites d’un cancer à l’âge de 74 ans. Sa contribution à l’histoire de la Shoah en Belgique fut décisive.

Évocation

Ce fut notre dernière rencontre avec Maxime Steinberg et elle nous impressionna comme toutes les autres que nous avions eues au détour d’un colloque ou de la présentation d’un livre depuis vingt ans. Et cela en raison de sa ferme détermination à ne jamais capituler devant les sirènes mensongères du négationnisme mais aussi à ne jamais se résigner face au relâchement coupable des autorités publiques qui n’envisagent plus le devoir de mémoire que lorsqu’il peut être synonyme de dividendes électoraux. C’était le 20 avril de l’an dernier au Musée Belvue à Bruxelles. L’historien belge qui fut sans conteste le père du volet belge de la Shoah y présentait avec Ward Adriaens, le directeur du Musée juif de la résistance et de la déportation à Malines quatre volumes trilingues - en français, néerlandais, anglais - destinés à mieux éclairer la politique d’extermination menée en Belgique à l’encontre des Juifs et des Tsiganes.

Un témoignage exceptionnel pour l’Histoire mais aussi un outil pédagogique unique avec les photos et parfois de courtes biographies de 18 522 déportés. Incontestablement, un pas décisif dans l’historiographie de la Shoah où aux déportés de la caserne Dossin devaient s’ajouter quelque 3 000 autres déportés domiciliés en Belgique mais internés à Drancy ou dans d’autres camps français.

Tout en exprimant sa fierté d’avoir pu apporter ce nouvel éclairage, Maxime Steinberg ne put cacher sa colère face à l’inertie politique générale : l’on était pratiquement deux ans après la publication du rapport de la commission de recherche historique sur les responsabilités belges dans la politique d’extermination nazie réalisé par le centre "Guerre et sociétés contemporaines" et le Sénat n’avait toujours pas organisé le grand débat promis sur le rapport du Ceges.

Cette démission coupable exaspérait Maxime Steinberg. Il expliqua que "l’on aurait pu, dès 2002, installer une commission d’enquête parlementaire sur l’implication de certaines autorités belges." A cet effet, il avait soutenu une proposition de loi d’Olivier Maingain.

Mais le gouvernement avait finalement opté pour une recherche historique comme si d’aucuns redoutaient que l’on ne fasse apparaître des vérités dérangeantes 60 ans après les faits.

Selon Maxime Steinberg, le rapport du Ceges n’avait pas permis de faire émerger tous les acteurs de la tragédie. "Les historiens, expliquait-il, l’ont menée sous la forme d’une expertise. Le problème est que l’on n’a pas vu apparaître l’ensemble des responsables ou complices. On aurait pu souligner le rôle des SS flamands, rappeler que certains s’étaient mués en jodenjagers".

L’historien regrettait aussi que les sauveurs de Juifs, les Justes, n’aient pas encore été reconnus dans leur dimension authentique. Mais davantage encore que tout cela, ce furent les trop faibles excuses officielles belges qui avaient fait bondir l’historien : "On n’a eu droit qu’à une vague reconnaissance de Guy Verhofstadt. On est loin de la repentance de Jacques Chirac en 1995. Chirac, chef du parti héritier de de Gaulle, s’est excusé au nom de la France actuelle, vous imaginez ? Les Belges attendent toujours un geste similaire."

Le cri de Maxime Steinberg se heurta pourtant à l’indifférence générale et presqu’un an et demi plus tard, l’on a installé un tout nouveau Sénat mais jamais plus personne n’a fait écho à l’aspiration de l’historien confirmant un propos d’un autre grand historien, spécialiste du nazisme, Ian Kershaw que "si elle fut le fruit de la haine, la route d’Auschwitz est pavée d’indifférence".

Maxime Steinberg avait d’autant plus le droit de clamer sa révolte et son indignation qu’il fut le pionnier de l’histoire de la déportation des Juifs dans notre pays.

Une histoire qui croisa aussi sa propre existence puisque ses parents venus de Pologne et installés chez nous furent déportés par le 11e convoi parti de la caserne de Malines alors qu’il avait été mis à l’abri à la campagne avec son frère aîné Kolka, échappant de peu tous deux à une mort certaine.

Quarante ans plus tard, après avoir réalisé un dossier sur les Partisans juifs dans la résistance belge, il fut approché pour éclairer le procès de Kiel en 1980 devant la cour d’assises du Schleswig-Holstein où il assista la partie civile belge contre l’officier SS Kurt Asche qui y était jugé pour son activité à Bruxelles sous l’occupation. Le travail de Steinberg fut utile : l’officier fut déclaré coupable de complicité dans la déportation et l’extermination des Juifs de Belgique.

Maxime Steinberg qui avait collaboré à l’Institut d’histoire du judaïsme de l’université libre de Bruxelles approfondit désormais ses recherches sur la Shoah en Belgique ce qui déboucha quelques années plus tard sur un triptyque de trois ouvrages sous le titre général "L’étoile et le fusil".

En même temps, avec l’Union des déportés juifs de Belgique et la Fondation Beate Klarsfeld, il allait réaliser en 1984 le Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique, un apport non moins important au devoir de mémoire puisqu’il reprenait la liste des citoyens juifs déportés depuis la Belgique.

Maxime Steinberg mit aussi son savoir-penser au service de l’enseignement : ayant enseigné dans les athénées de Binche, Schaerbeek et Koekelberg mais aussi à l’Insas et à l’Inraci, il fut chargé de mission auprès des ministres de l’Education et de l’Audiovisuel.

Il collabora ainsi à la cellule pédagogique "Démocratie ou barbarie". Et il dirigea de 1994 à 2002, le centre d’étude européen de la Shoah, de l’antisémitisme et du génocide. Enfin, s’il fut le réalisateur de l’exposition permanente du musée juif de la déportation et de la résistance de Malines, on lui doit aussi le très beau réaménagement du pavillon belge dans l’ancienne caserne d’Auschwitz.

http://www.lalibre.be/article_print.phtml ?art_id=598587


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