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jeudi 24 juin 2010


ARTICLE PARU DANS POINTS CRITIQUES N°293 DE février 2009

En mémoire de Sarah Kaliski (ּBruxelles 1941 - Paris 2010). Après ? (*)

Gérard Preszow

Jim est là pas là. Jim, cette fois, n’expose pas. Il se tient dans le coin. Je dis d’abord «  vous  », et puis on se dit «  tu  ». Jim, c’est Jim ou Haïm  ? J’aime bien l’appeler Haïm, avec le «  h  » qui gratte fort, venu de loin, venu de longtemps, dans la gorge, avec ce «  h  » qui nous rend complices, pour la vie. «  Lé haïm  », Jim. De ce «  h  » qui se prononce, ou pas, pour «  hamas  », comme «  jamas  » en rude castillan. Le judéo-espagnol, le ladino, n’a pas la jota de «  jamas  », de «  joder  », de «  jamas sera vencido  ». Je ne peux pas en placer une. Elle l’appelle  : «  Jimmeke  !  ». Sœur Sarah dit, elle dit  : «  c’est moi qui ai tout fait pour lui  ». Il dit en me regardant  : «  c’est vrai  ». Enlève ton écharpe Jimmeke  : «  tu vas prendre froid en sortant  ». Jim est dans le coin. Pas puni, mais c’est pas son jour. Il observe. C’est pas lui qui expose aujourd’hui mais j’aime qu’il soit là. J’aime tout ce cirque. J’aime cette histoire. J’aime cette expo en devenir… J’y suis allé pendant l’accrochage. Je suis accroc de tous ceux qui exposent :Sarah, Marianne, Arié. Et le petit André qui a conçu l’expo et qui se tient à l’abri de la famille… Ses colères le protègent. Je dis à André, en tentant de dissimuler le trémolo dans ma voix  : «  tu sais, c’est historique ton expo  ?  ». Il me répond  : «  je fais, sans me poser la question  ». Il a raison. Moi, je vois l’histoire, dans les visages, dans les histoires, dans les œuvres. Je suis à cran. Je craque. Nous vieillissons ensemble  : les artistes d’avant et d’après. Les artistes juifs bruxellois de la guerre, les paumés orphelins, les descendants déshérités. Les tristes à jamais, les coupables de ne pas rire à la vie. Lé haïm  ! Ils racontent pareil  : la disparition, l’effacement, la blessure du rouge, dire là où l’autre tait, aimer, baiser, le corps en veux-tu en voilà… la chambre à gaz (gazer gaza  : allitération de très mauvais goût  !), la peinture italienne (faire preuve de culture…)… les corps emballés, empalés, le silence de y-a-plus-personne  ? Si ce n’est celui qui rend visite pour raconter la chose. J’ai demandé des mots à chacun  : Marianne  : «  Le thé répandu s’en va avec les feuilles / et chaque jour meurt un coucher de soleil  » Sarah  : «  sensation de cette carence/le corps/ballon gonflé  » Arié  : «  Poliptico del esclusion amorosa  » Après après  ? Tant et trop de proximité. Osez, osez.

(*) Exposition « La mémoire partagée » de Marianne Berenhaut, Sarah Kaliski et Arié Mandelbaulm au Centre culturel Jacques Franck du 21 janvier au 1er mars 2009


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Sarah et Jim Kaliski au Jacques Franck Sarah Kaliski, Arié Mandelbaum et Marianne Berenhaut au Jacques (...)

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