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jeudi 24 juin 2010


Article paru dans Points critiques n°280 de novembre 2007

En mémoire de Sarah Kaliski (ּBruxelles 1941 - Paris 2010). La beauté effondrée

Gérard Preszow

— Ça fait un moment que je t’observe. Tu es le frère de ta sœur ?
— Oui
— J’ai appris….comment va-t-elle ?
—  … D’où viennent les larmes qui restent en lisière de la peau ? Quel est leur fond, leur objet ? On le sait, elles viennent de loin, elles cherchent de proche en proche le lieu, le moment et partent, se retiennent et reviennent. De bien au-delà de nos corps orphelins. Trouvent une fracture, ressortent par une faille. La beauté est une poche, un puits, un abri. Un oued soudain surgi, déjà enseveli.
— Vous êtes Sarah Kaliski (ou Kaliska – Bruxelles 1941)  ? Je peux vous prendre en photo  ?
— L’effondrement de la beauté  ?
— C’est encore la beauté.
— Et vous, vous êtes le frère  ? Comment dois-je dire  ? Haïm ou Jim (Bruxelles 1929) ? Jim, comme dans la pièce de René, votre frère (« Jim le Téméraire »). René, il manque (Bruxelles 1936 - Paris 1981). Son épouse Mechtild est là. Oui, on aurait souhaité pour l’occasion que son corps soit à la lettre : re-né Ils sont venus, ils sont presque tous là… Sarah la peintre, Haïm le chroniqueur graphique, René le dramaturge et essayiste. Je n’avais jamais rien vu de Sarah sinon la toile qui fait partie de la collection permanente du musée juif et le rideau du théâtre Varia. Depuis longtemps Arié le peintre m’avait dit de faire quelque chose autour d’elle. Et voilà que je découvre. Depuis des lustres je n’ai connu tel choc devant la peinture. Telle rencontre de l’instant. La beauté pure, la beauté convulsive, la beauté effondrée…Maîtrise et brutalité, espace chaviré et vertige assuré, rugosité du matériau et élégance du trait, figures identifiables et silhouettes esquissées, Histoire repérable et séquences improbables, support profane et récit sacré, cris étouffés sous la palette pastelle, rire et tragédie… Que sais-je moi ? Que dire ? Oui, je pourrais dire à l’infini pour déplier, encore et plus, la fulgurante évidence. Jonathan (Zaccaï – Bruxelles 1970) son fils, l’acteur nouveau, dit de sa mère : « Les Belges ont l’Atomium. Moi j’ai ma mère ». Désolé Jonathan, nous avons l’Atomium ET ta mère et…toi peut-être. C’est à souhait. Haïm/Jim, lui, a appris tout seul. A vivre et à dessiner. Il s’est inventé son trait et sa langue pour dire le monde à partir des effondrements. La Shoah a fait des petits. Il les raconte pour les grands et… les petits. Entre Art Spiegelman, Charlotte Salomon et Marjane Satrapi. A près de 80 ans, Haïm/Jim n’a pas mué. Sa voix ne s’est pas encore posée. Il persiste à chercher entre les graves et les aigus. Il poursuit gravement sa voie avec acuité et chante l’Anderlecht disparue, l’antique Jérusalem bruxelloise. De René dramaturge, je sais que c’est un tout grand parmi les grands. Mais je n’ai lu qu’un seul texte, et il m’a fondé. C’est un essai sur l’histoire juive : « Sionisme ou dispersion ». C’est à la lumière de ce titre que je continue à voir le monde. De l’Histoire comme point de vue  ? Non. Comme vision. Le Juif, un Juif, comme homme. N’importe lequel d’entre les hommes. Fatigué, il veut un Etat, comme tout le monde. Il veut s’établir et se protéger. En marche, il ne veut point s’arrêter. Il se disperse. Pense et se dépense. Fragile. C’était – disons…- une réunion de famille.

Portfolio

Sarah Kaliski au Musée juif de Belgique Sarah Kaliski, Arié Mandelbaum et Marianne Berenhaut au Jacques (...)

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