Mêmes causes, mêmes effets ? Le scénario manquerait d’originalité ?
Années 30 versus aujourd’hui. Quasi partout en Europe, la crise produit une même maladie : la montée d’une extrême-droite venue des urnes. Avec les mêmes thèmes récurrents comme si l’histoire était vraiment une leçon condamnée à la répétition. Avec, à la clef, une droite qui n’hésite pas, pour sauver sa peau, à les banaliser : l’étranger comme bouc émissaire, le nationalisme étriqué, l’éloge du terroir, le repli prétendument salvateur… avec des variantes locales, le tout sur fond de chômage, de précarité, de misère, de recul des acquis sociaux et des protections étatiques. En France, Marine Le Pen prend garde d’être poussée à la faute sur le négationnisme pour normaliser son parti aux yeux de tous. Résultat, elle en devient forcément et férocement ennuyeuse et… dangereuse. Les coups de langue du père, les faux lapsus pouvaient encore faire rire (jaune). Il fallait qu’il y cède et, fatalement, on guettait le moment. La mise à plat du discours de la fille fait apparaître le corpus pour ce qu’il est : un tissu de platitudes profondément haineux et rétrograde. En fait, jamais, dans cette position de soutien accru, l’extrême droite française n’est aussi bien apparue pour ce qu’elle est : un discours de la peur, un refus du mouvement. En d’autres termes : le refus de la vie. Le négationnisme par contre, le Jobbik hongrois ou l’Aube dorée grecque n’hésitent pas à s’en servir. À chaque pays ses cibles prioritaires : l’islam en France… mais là où on attaque le halal, on sait que le casher ne perd rien pour attendre. En Hongrie, en Tchéquie, en Slovaquie, ça fait belle lurette que la chasse aux Roms est ouverte tandis qu’un écrivain juif hongrois, Akos Kertesz, devant la montée de l’extrême droite et la complaisance gouvernementale, demande l’asile politique au Canada ! Peu de pays parmi les 27 échappent à cette montée en puissance des partis racistes et nationalistes… la Belgique ? Peut-être, et encore, la Wallonie sans doute ; le Vlaams Belang flamand est loin d’être mort. Nombre de ses soutiens se sont désormais alignés derrière le nationalisme indépendantiste de la NVA.
On nous met en garde, et sans doute à juste titre, que le prochain méchant loup ne portera pas moustache, qu’il ne sera pas identifiable comme tel, quand bien même une nuée de petits louveteaux témoignent d’un goût plus que douteux pour les saluts virils, les graphismes anguleux, les vêtements raides et les rituels aux torses bombés. Et peut-être d’ailleurs qu’il est déjà là sans qu’on le sache, déjà à l’œuvre dans une forme inconnue et insaisissable.
« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré », cette phrase attribuée à Einstein est comme un fanal dans la grisaille. Oui, contre les appels aux archaïsmes, il nous faut avoir le courage de nous penser autrement dans le monde. L’identité n’est plus une, elle est multiple, l’enracinement est de l’histoire ancienne, les frontières une obsolescence, les relations au temps et à l’espace bouleversées sur la planète entière, l’exil une condition de masse. Le rêve d’Europe s’est réduit au calcul de l’Euro. Et peut-être que le temps des boutiquiers et des comptables, du bling bling et du people, est en train de ployer sous de nouvelles formes d’organisations et d’énergie vivante et salutaire. Des formes de manifestations traditionnelles redeviennent le lieu où l’espoir relaie la résignation tandis que les tentatives alternatives n’ont pas dit leur dernier mot. La Bastille parisienne de la Gauche de la Gauche, de la Gauche social-démocrate ensuite, la place Rouppe bruxelloise du 1er mai syndical et la Puerta del Sol madrilène des Indignés témoignent d’un nouveau besoin d’occuper le pavé, de se rencontrer, de se solidariser et d’inventer de nouveaux liens. C’est loin d’être gagné. Le combat entre l’animalité régressive et l’humanité inventive est plus vif que jamais.
Quant à nous, à l’UPJB, il est fort à parier que des débats anciens et mis sous le boisseau au sein des communautés juives remonteront en surface avec acuité. Dans cette reformulation du monde, et de l’Europe en particulier, nous aurons à réaffirmer notre place comme citoyens d’ici, immigrés de toujours et pour toujours, sans dévotion à aucun État, animés des valeurs de justice sociale et d’hospitalité. Un chantier à poursuivre d’urgence !
Union des Progressistes Juifs de Belgique