UPJB Union des Progressistes Juifs de Belgique
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Arrêtons de criminaliser la solidarité

carte blanche initiée par l’upjb et publiée par le soir du 25 mars

Il y a près de dix ans, 18 membres des Collectifs contre les expulsions des sans-papiers étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour avoir, par divers moyens non violents, manifesté leur solidarité avec les sans-papiers et les demandeurs d’asile. Tout en reconnaissant la noblesse des mobiles qui avaient guidé les inculpés, le tribunal n’en avait pas moins condamné sept d’entre eux à des peines de prison de huit jours à deux mois, assorties d’un sursis d’un an.

Aujourd’hui, c’est au tour de membres du Comité d’action et de soutien aux sans-papiers (CAS) d’être menacés des foudres de la justice pour deux actions distinctes. Trois d’entre eux attendent en effet le verdict du tribunal, prévu le 6 mai prochain, pour avoir manifesté leur solidarité avec des sans-papiers afghans qui occupaient le hall du CGRA et avoir refusé de se disperser. D’autres doivent passer en Chambre du conseil à la fin du mois de mars pour avoir perturbé le lancement de la campagne des libéraux européens le 16 avril 2009. Ils souhaitaient à nouveau y interpeller la ministre belge de la Politique de migration du moment, Annemie Turtelboom.

Le CAS est un mouvement spontané né à l’ULB lors de l’occupation des bâtiments par des sans-papiers chassés des locaux de Sibelga-Electrabel. Rappelons qu’au moment de leur action à la réunion des libéraux européens, cela faisait plus d’un an que l’on attendait l’application des critères de régularisation négociés dans le cadre de l’accord gouvernemental.

Ce si long blocage politique avait mis tous les acteurs concernés dans un état d’indignation sans pareil : non seulement les sans-papiers, mais également les syndicats, les communautés philosophiques, les associations solidaires et les universités qui, elles, ont accueilli pendant des mois des centaines de sans-papiers dans l’indifférence politique générale. Les ordres des avocats des trois communautés du pays s’étaient joints à eux pour réclamer la circulaire promise.

Les membres du CAS n’étaient donc pas seuls à se mobiliser mais se retrouvent, aujourd’hui, seuls face à la justice. Cette procédure judiciaire engagée contre l’élément le moins structuré du mouvement ressemble bien à ce qu’il est convenu d’appeler une criminalisation de mouvements sociaux. Elle vise à museler le CAS en incriminant leur action mais au-delà, elle vise à discréditer l’ensemble du mouvement de solidarité avec les sans-papiers, banalisant du même coup l’arbitraire de l’Office des étrangers et la répression policière.

Cette tendance inquiétante s’inscrit hélas dans le temps. Plusieurs tentatives d’intimidation ont été proférées par nos différents ministres en charge des questions migratoires. En 2007, notre ministre de l’intérieur affirmait haut et fort — et il n’était hélas pas le premier, ni le dernier au demeurant — que toute aide apportée aux illégaux serait punissable par la loi. Certaines autorités communales ont également interdit des rassemblements de plus de trois personnes autour des lieux où s’étaient établis des sans-papiers. En avril 2008, deux avocats tentant d’entrer en contact avec leurs clients sans-papiers incarcérés ont eu à subir insultes et violences de la part des forces de l’ordre. En juillet, la ministre en charge de l’asile et des migrations déclarait que l’on ne pouvait pas interdire aux sans-papiers de faire la grève de la faim par la loi mais qu’elle étudierait les moyens de « responsabiliser » ceux qui les aidaient et les conseillaient. Et enfin, en mai 2009, la ministre de la Politique des migrations et le ministre de l’Intérieur signaient une circulaire relative à l’identification d’étrangers en séjour irrégulier dont certains passages invitent purement et simplement à la délation.

Nous considérons que manifester sa solidarité ne constitue pas un crime mais un devoir. Tenter par tous les moyens, en ce compris l’intimidation et la criminalisation, d’étouffer les mouvements sociaux qui s’émeuvent de situations discriminatoires constitue une grave menace à la liberté d’expression et de manifestation. C’est pour ces raisons que nous ne manquerons pas d’exercer notre vigilance quant au sort réservé aux différents inculpés du CAS et d’interpeller nos responsables politiques sur ces questions.

Signataires

Henri Wajnblum, co-président de l’UPJB

Anne Grauwels, co-présidente de l’UPJB

Benoît Van der Meerschen, président de la Ligue des droits de l’homme

Emmanuelle Delplace, co-directrice de la Ligue des droits de l’homme

Fouad Lahssaini, député fédéral, groupe Ecolo-Groen

Joëlle Baumerder, directrice de la Maison du livre

Véronique De Keyser, députée européenne, vice-présidente du Groupe socialiste et démocrate au Parlement européen

Mateo Alaluf, président du CA de l’Institut Liebman

Mejed Hamzaoui, président de l’Institut des sciences du travail de l’Université libre de Bruxelles, professeur

Jean-Claude Grégoire, enseignant à l’ULB

Yaron Pesztat, député ECOLO au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale

Zoé Genot, députée fédérale ECOLO

Anne Morelli, professeure à l’ULB

Simone Susskind, présidente Actions in the Mediterranean

Marcelle Stroobants, enseignante à l’ULB

Pierre Marage, professeur à l’ULB

Estelle Krzeslo, chargée de recherches, ULB

Jean Vogel, docteur en sciences politiques, professeur suppléant à l’ULB, coordonateur de l’Institut Liebman

Ignace Lapiower, mensch de l’année 2010

Marie-Louise Oruba, Ligue des droits de l’homme, section La Louvière

Jos Orenbuch, président du Centre d’expression libre et de créativité en milieu carcéral, administrateur du CAL de la Province de Liège

Antoinette Rouvroy, chercheur qualifié du FRS-FNRS, Centre de recherche Informatique et Droit, Université de Namur

Françoise Michel, CGSP-Enseignement

Pierre-Arnaud Perrouty, juriste, spécialiste droits de l’homme

Benoît Van Keirsbilck, Président de Défense des enfants-Belgique

Pierre Galand, président du CAL

Dan Van Raemdonck, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, professeur à l’ULB

Claude Semal, auteur et comédien

Jean-Maurice Arnould, avocat

Céline Delforge, députée bruxelloise, groupe ECOLO

Yasmina Vanalme, fondatrice de SolidaritY

Serge Gutwirth, professeur de droit à la Vrije Universiteit Brussel

Article mis en ligne le lundi 22 mars 2010. Première publication le 29 mars 2010.

Dernière mise à jour le 10 juin | 139701 visites depuis le 11 novembre 2009

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